Quand dormir en hypoxie pour catalyser l’entraînement provoque des réveils

… ou un sommeil éternel !

Par le Professeur Véronique Billat

Il y a vingt ans, mon chalet du Vercors, pourtant déjà niché à 1000 mètres d’altitude, s’est transformé le temps d’un séjour en véritable camp de base de l’Himalaya. Une marathonienne de niveau international, que j’accueillais pour quelques jours, avait insisté pour monter sa tente hypoxique dans la chambre d’amis.

À ma grande surprise, elle avait programmé l’appareil pour simuler une altitude de 4000 mètres. La nuit fut tout sauf reposante. La tente n’avait de cesse de sonner, hurlant ses alarmes de sécurité à chaque dérive de la concentration d’oxygène ou montée intempestive de l’altitude simulée. Impossible de dormir ! Ce qui devait être un outil de récupération et de potentialisation s’était transformé en perturbateur nocturne majeur.

Cette anecdote prête à sourire aujourd’hui, mais elle résonne avec une actualité beaucoup plus sombre qui nous rappelle que la physiologie ne se « hacke » pas impunément.

Le drame de Sivert Bakken : quand l’altitude artificielle devient mortelle

Vingt ans après cette nuit agitée dans le Vercors, le monde du sport d’hiver est en deuil. Le jeune biathlète norvégien Sivert Bakken a été retrouvé sans vie, un masque hypoxique sur le visage. Les premiers éléments de l’enquête sont glaçants : le dispositif aurait été réglé pour simuler une altitude de 7000 mètres.[1][2]

À cette altitude extrême, la pression partielle en oxygène est si faible que la frontière entre l’entraînement et l’asphyxie disparaît. Ce drame remet brutalement en question l’usage banalisé, et parfois incontrôlé, de l’hypoxie simulée. Nous sommes en pleine période de préparation pour les Jeux et la tentation de trouver le « gain marginal » miracle est immense. Mais à quel prix ?

Le mythe du gain marginal : La science doute

Au-delà du risque vital, la question fondamentale demeure : est-ce que ça marche ? La science est loin d’être unanime. De nombreuses méta-analyses, notamment celles de Lundby et Robach, remettent en cause l’efficacité du « Live High, Train Low » (LHTL) pour les athlètes de très haut niveau.[3][4]

Chez l’élite, la marge de progression hématologique est infime et la variabilité de réponse individuelle est immense (les fameux « non-répondeurs »). Pour l’amateur, utiliser une tente hypoxique revient souvent à chercher un gain de 1% alors que les 99% basiques de l’entraînement (charge, intensité, récupération) ne sont pas optimisés.

Pourquoi acheter une tente quand vos poumons saturent déjà ?

Il y a une ironie physiologique que beaucoup ignorent : les meilleurs athlètes d’endurance n’ont pas besoin de tente pour être en hypoxie. Ils le sont naturellement à l’effort !

C’est le phénomène d’Hypoxémie Induite par l’Exercice (HIE). Chez les sportifs ayant un VO2max élevé (> 70 ml/min/kg), le débit cardiaque est si puissant que le sang traverse les poumons trop vite pour être totalement oxygéné (temps de transit capillaire réduit). De plus, leur grande tolérance au CO2 retarde leur seuil d’hyperventilation (VT2) quasiment jusqu’à leur Vitesse Maximale Aérobie (VMA).[5][6]

Le résultat ? À l’effort maximal, leur saturation en oxygène (SaO2) chute drastiquement, passant parfois sous la barre des 90%, voire 85%. C’est exactement le même niveau de saturation qu’un patient atteint du COVID-19 en détresse respiratoire. L’élite vit une hypoxie « organique » à chaque séance intense.[7]

L’Alternative BillaTraining : L’hypoxie par le mouvement

Plutôt que de risquer votre sommeil (ou votre vie) dans une tente, pourquoi ne pas créer cette hypoxie par la biomécanique ?

Il existe une séance redoutable, bien plus efficace pour booster le métabolisme : le 30/30 en accélération-décélération.
Le protocole est simple sur le papier, mais extrême sur le terrain :

  • Durée : 10 minutes (en continu).
  • Structure : 30 secondes d’accélération maximale suivies de 30 secondes de décélération progressive (et non passive).

La clé réside dans la phase de freinage. Décélérer progressivement alors que vous êtes lancé à pleine vitesse impose une contrainte mécanique excentrique et maintient une demande métabolique énorme. Vous ne « récupérez » jamais vraiment. Vous créez une dette d’oxygène massive et une acidose locale qui simulent les effets cellulaires de l’altitude, mais avec une charge neuromusculaire qui développe réellement votre puissance.

Conclusion

L’hypoxie est un outil puissant, mais comme tout médicament, le surdosage est toxique. Vouloir dormir à 4000m ou porter un masque réglé à 7000m n’est pas de l’entraînement, c’est de la roulette russe physiologique.

Pour catalyser les effets de l’entraînement, oubliez les gadgets mortels. Misez sur l’intensité intelligente. Une séance de variation d’allure bien calibrée vous mettra « dans le rouge » (et en hypoxie réelle) bien plus sûrement qu’une nuit agitée sous une tente en plastique.

Soyez prudents dans votre préparation. La science est là pour éclairer votre chemin, pas pour vous brûler les ailes.

  1. https://swedenherald.com/article/new-information-about-sivert-guttorm-bakkens-highaltitude-mask
  2. https://www.espn.com/olympics/story/_/id/47420530/mask-dead-biathlon-competitor-not-part-training
  3. https://www.ensm.sports.gouv.fr/wp-content/uploads/2024/08/Publications_-Performance_sportive-_Article_Lundby_2016.pdf
  4. https://bjsm.bmj.com/content/53/15/923
  5. https://www.academia.edu/7048130/Incidence_of_exercise_induced_hypoxemia_in_elite_endurance_athletes_at_sea_level
  6. https://www.frontiersin.org/journals/sports-and-active-living/articles/10.3389/fspor.2021.663674/pdf
  7. https://journals.plos.org/plosone/article?id=10.1371%2Fjournal.pone.0161819
  8. https://journal.aspetar.com/DownloadFile.ashx?file=EB18B694-FEEA-46A0-BEA8-231D1CE0C642
  9. https://pmc.ncbi.nlm.nih.gov/articles/PMC3772580/
  10. https://publications.billatraining.com/publications/2001/Billat_intervaltraining_II_anaerobic_training.pdf
  11. https://www.traineerz.com/post/ameliore-ta-vo2max-et-tes-performances-avec-lhypoxie
  12. https://fasterskier.com/2025/12/new-information-emerges-in-death-of-norwegian-biathlete-sivert-bakken/
  13. https://pmc.ncbi.nlm.nih.gov/articles/PMC7580678/
  14. https://mf-sports.fr/altitude-et-entrainement-dossier/
  15. https://www.snf.ch/en/rP7LpkmjiaJ8UiE6/news/news-170612-horizons-the-placebo-effect-of-mountain-air
  16. https://www.sciencedirect.com/science/article/pii/S1728869X2400025X
  17. https://www.realites-cardiologiques.com/wp-content/uploads/2006/06/07.pdf
  18. https://researchonline.jcu.edu.au/81449/1/81449.pdf
  19. https://pmc.ncbi.nlm.nih.gov/articles/PMC10559955/
  20. https://www.sciencedirect.com/science/article/pii/S2665944123000160

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