Les résultats historiques
Sabastian Sawe est devenu le premier homme à courir un marathon en moins de deux heures, s’imposant en 1h59’30 » devant Yomif Kejelcha (1h59’41 ») et Jacob Kiplimo (2h00’28 »). Kejelcha s’alignait pour la première fois sur la distance reine, ce qui rend sa performance encore plus remarquable.
Analyse du pacing selon le cadre de Véronique Billat
Le principe central est le suivant : une vitesse moyenne > médiane (asymétrie positive) indique que l’athlète a couru une majorité de segments légèrement sous sa vitesse moyenne, puis a accéléré stratégiquement — ce qui optimise l’utilisation synchronisée du métabolisme aérobie et anaérobie sans épuiser les réserves glucidiques prématurément.
Les trois coureurs valident ce principe :
- Sawe (moy 21,25 > méd 21,05 km/h, CV% = 2,60%) : c’est le profil Billat le plus marqué. Légère décélération à 15 km, puis accélération progressive jusqu’à un sprint final à 22,51 km/h sur le dernier segment. Il court à 101,2% de sa vitesse critique — signe d’un engagement métabolique total, finement contrôlé.
- Kejelcha (moy 21,18 > méd 21,05, CV% = 1,96%) : régularité exceptionnelle pour un premier marathon. Sa vitesse critique de 21,43 km/h (calculée sur 5K→10K, lui qui détient l’ex-record du demi) place son marathon à 98,7% de VC — une gestion prudente et parfaitement rationnelle pour une découverte de la distance.
- Kiplimo (moy 20,98 > méd 20,96, CV% = 1,62%) : distribution la plus homogène, mais le dernier segment chute à 20,37 km/h — en dessous de la médiane. Cette légère décélération terminale suggère une entrée en dette métabolique non compensée. À 100,5% de sa VC estimée (5K→10K), il a peut-être été trop ambitieux pour un 2ème marathon, malgré son record du monde de semi (56:42).
Vitesse critique et records sur courtes distances
Le modèle D = CV·t + D’
appliqué aux records connus donne :
| Coureur | Records référence | CV estimée | Marathon en % CV | D’ (m) |
| Sawe | Semi 59:02 + Marathon WR | 20,93 km/h | 101,2% | ~498 |
| Kejelcha | 5K→10K : 26:49.34 WC silver | 21,43 km/h | 98,7% | ~423 |
| Kiplimo | semi WR 56:42 à Barcelone 2025 → 5K/10K | 20,92 km/h | 100,5% | ~529 |
Le fait que Sawe coure à 101% de sa VC calculée depuis ses performances sur route — et non sur piste — est cohérent avec son profil de spécialiste route pur. Sa D’ (distance qui correspond à une quantité d’énergie supérieure à celle possible avec un temps limite à VMA (voit les articles de billat https://publications.billatraining.com/) est d’environ 500m reste dans les limites physiologiques du modèle.

Le marathon se gagne avec une GRANDE VITESSE de réserve au-dessus de vVO2max !!
Et pour le coût énergétique une force spécifique à l’appui pour maintenir l’impulsion donc la quantité de mouvement jusqu’au bout et ainsi récupérer de l’énergie élastique. Oui décidemment ils ne font pas le même effort que nous tous !
BillaTraining intègre toutes ces dimensions dans l’entraînement physiologique et biomécanique spécifique à chacun et chacune ! avec la motivation indispensable bien entendu et une course à la sensation.
Note sur la limite de l’analyse et appel à la communauté
Cette analyse repose sur les temps de passage tous les 5 km. À cette résolution, on valide le cadre qualitatif de Billat (asymétrie positive, variabilité contrôlée), mais on ne peut pas accéder aux micro-variations stochastiques de vitesse que la théorie prédit — les accélérations/décélérations sur 200–500m qui révèlent l’oscillation entre métabolismes aérobie et anaérobie.
Si vous ou votre réseau possédez les données de passage au kilomètre (ou mieux, le GPS à 1 Hz), partagez-les. L’analyse complète permettrait de calculer la distribution des vitesses instantanées, tester la corrélation avec la fréquence cardiaque (si disponible), et contribuer à la compréhension scientifique de l’art du pacing au marathon — une avancée pour toute la communauté en physiologie de l’exercice.

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