Ou comment Mickaël a fait courir un interne en médecine plus vite… avec moins de kilomètres



Quand le blog du prof devient le blog des profs
Ou comment Mickaël a fait courir un interne en médecine plus vite… avec moins de kilomètres (et sans lui réciter son allure marathon toutes les trente secondes)
À l’ASEP, il y a une idée qu’on aime beaucoup :
la performance appartient rarement à celui qui parle le plus fort de sa méthode.
Elle appartient plutôt à ceux qui observent, expérimentent, doutent un peu… puis partagent.
Aujourd’hui, c’est Mickaël qui s’y colle avec une analyse de terrain extrêmement intéressante autour d’une préparation marathon construite à partir des principes de « courir à la sensation ».
Et franchement, cela fait du bien de lire autre chose qu’un plan où :
– tout est calibré à la seconde,
– la montre décide du destin physiologique du coureur,
– et où le moindre écart de 4 secondes/km déclenche une crise existentielle.
Premier point important : l’athlète a une vraie vie
L’athlète est interne en sixième année de médecine.
Donc :
– il travaille,
– il dort parfois peu,
– il réfléchit beaucoup,
– il ne passe pas ses journées à regarder sa variabilité cardiaque entre deux siestes protéinées.
Autrement dit : un humain.
Et cela change énormément de choses dans la construction de l’entraînement.
Depuis cette nouvelle approche, le volume hebdomadaire est passé d’environ 95 km à 75 km.
Et là, surprise absolue pour certains milieux de l’endurance :
on peut courir plus vite… sans courir plus.
Je sais, cela reste un choc culturel dans certains groupes WhatsApp.
Mais biologiquement, c’est assez logique.
Quand on réduit un peu la charge mécanique et mentale :
– le système nerveux récupère mieux,
– les adaptations deviennent plus assimilables,
– le coureur garde de la fraîcheur,
– et surtout il cesse de vivre dans un état inflammatoire semi-permanent.
Le cerveau apprécie généralement cette initiative.
Courir à la sensation : non, ce n’est pas “courir au hasard”
Le plan repose largement sur :
– des variations d’allure,
– du progressif/dégressif,
– des micro-sprints,
– des récupérations libres,
– et surtout beaucoup de régulation interne.
L’idée ici est très différente :
on apprend au coureur à devenir sensible à son état physiologique réel.
Pas à réciter une allure.
Parce qu’un organisme vivant :
– varie,
– oscille,
– compense,
– s’adapte en permanence.
La physiologie n’est pas un métronome suisse.
C’est plutôt du jazz… avec parfois quelques solos imprévus.
Ce que Mickaël fait très bien : introduire de la variabilité
Quand on regarde les séances, on voit :
– des alternances facile/moyen/difficile,
– des 45’’/15’’,
– des progressifs,
– des dégressifs,
– des micro-sprints de 5 à 10 secondes,
– des changements de terrain,
– du vallonné,
– des côtes,
– des descentes.
Bref : un système vivant.
Et c’est justement ça qui est intéressant.
Car le marathon n’est jamais parfaitement stable :
– le vent change,
– les groupes bougent,
– le mental fluctue,
– le muscle fatigue,
– le cerveau négocie,
– parfois même un ongle décide de quitter la course au km 35.
Ce qui est d’ailleurs arrivé ici.
Et pourtant l’athlète continue.
Les micro-sprints : petits… mais redoutablement intelligents
J’aime beaucoup l’utilisation des sprints très courts.
Pourquoi ?
Parce qu’ils entretiennent :
– le recrutement neuromusculaire,
– la tonicité,
– l’économie de course,
– la vitesse de pied,
… sans fabriquer une destruction musculaire façon chantier autoroutier.
C’est extrêmement rentable chez le marathonien.
Surtout chez quelqu’un qui travaille déjà énormément intellectuellement.
Car on oublie souvent un détail :
le cerveau consomme aussi de l’énergie.
Et parfois beaucoup plus qu’un entraîneur persuadé que “la fatigue est dans la tête”.
Oui.
Justement.
Elle est aussi dans la tête.
Biologiquement.
La sortie longue : enfin autre chose qu’une procession monotone
Les sorties longues sont ici construites avec :
– variations d’allure,
– dénivelé,
– maintien d’une sensation constante malgré le terrain.
L’idée devient donc :
maintenir une cohérence interne plutôt qu’une vitesse parfaitement fixe.
C’est très différent.
Et probablement beaucoup plus intelligent physiologiquement.
La gouvernance : le mot le plus important du plan
Mickaël parle des quatre entrées :
– puissance,
– endurance,
– résistance,
– gouvernance.
Car au marathon, à un moment donné :
ce n’est plus la VO₂max qui décide.
C’est :
– la capacité à rester lucide,
– à gérer l’inconfort,
– à adapter son effort,
– à éviter la panique physiologique.
Pendant la course, l’athlète alterne volontairement :
– des phases en tête,
– puis des moments où il se laisse redescendre dans le groupe pour récupérer.
C’est extrêmement intéressant.
Parce que la meilleure régularité n’est pas toujours une ligne droite.
C’est souvent une variabilité contrôlée.
Une sorte d’homéostasie dynamique.
Puis arrive le km 38…
L’ongle cassé modifie les appuis.
La foulée devient moins économique.
Le coût énergétique augmente.
Le pouls monte légèrement alors que la vitesse baisse.
Mais là encore, ce qui est remarquable, c’est qu’il ne “sort” pas mentalement de sa course.
Il continue à piloter.
Finalement, pourquoi cette approche fonctionne-t-elle ?
Parce qu’elle respecte une idée simple :
Le corps humain n’est pas une machine linéaire.
C’est un système complexe :
– biologique,
– émotionnel,
– cognitif,
– adaptable.
Résultat :
– moins de kilomètres,
– moins de fatigue,
– plus de fraîcheur,
– meilleure adhésion mentale,
– et 6’30 gagnées sur marathon.
Et au fond, c’est peut-être cela qu’on aime le plus dans ce genre d’histoire.
Pas uniquement le chrono.
Pas uniquement les minutes gagnées.
Mais cette sensation rare qu’un entraînement a été construit intelligemment, patiemment, presque artisanalement :
avec de l’observation,
du ressenti,
des ajustements,
des essais,
des erreurs parfois,
et surtout beaucoup d’écoute.
Une préparation où l’on sent encore la main de l’entraîneur derrière les séances.
Pas seulement un copier-coller de pourcentages et d’allures sorties d’une plateforme connectée entre deux batteries faibles.
Parce que la course à pied reste un art étrange :
un mélange de physiologie, de psychologie, de mécanique, d’intuition et de poésie métabolique.
Et quand tout cela s’accorde un peu…
alors le marathon devient autre chose qu’un simple déplacement rapide sur 42,195 km.
Alors oui, on en veut beaucoup d’autres des histoires comme celle-là.
Des histoires qui donnent envie de réfléchir davantage que de consommer des plans.
Des histoires qui sentent le terrain, la fatigue réelle, les doutes, les trouvailles.
Des histoires d’artisans de l’entraînement et d’artistes de la course.
Celles qui permettent de s’endormir le soir avec cette sensation devenue presque rare aujourd’hui :
celle du travail bien fait.
Et c’est peut-être cela finalement, la vraie performance.
Au sens premier du mot :
parfourmer.
Accomplir.
Traverser pleinement.
Réaliser quelque chose qui nous transforme un peu au passage.
Non pas performer pour produire un chiffre.
Mais accomplir pour mieux s’accomplir soi-même.

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