Une côte, trois façons de pédaler, et le laboratoire d’Arnaud
Tenir à tout prix sa vitesse lorsque la pente varie, ou maintenir sa puissance : le chronomètre finit-il par raconter la même histoire ?
Arnaud connaît la montée qui passe devant chez lui comme d’autres connaissent le chemin de leur jardin. Le Mur de La Clède, environ 1,56 km pour près de 10 % de pente moyenne, est devenu au fil des années son laboratoire personnel. En 2016, il y avait signé 6 min 05 s à 306 W. Dix ans plus tard, il interroge moins son classement que les raisons de son effort.

Il a testé trois stratégies sur trois jours de météo annoncée comparable. Premier jour : s’obliger à rester près de 13 km/h malgré les rampes. Deuxième jour : accélérer franchement dans les secteurs moins pentus en se ménageant dans les murs. Troisième jour : essayer de répartir sa puissance plus régulièrement. Ce n’est pas un essai randomisé ; c’est la question d’un cycliste curieux, suivie d’une expérience mesurable.
Quand on veut tout contrôler… Vitesse constante ou puissance constante : même chrono ?
Pr Véronique Billat, FACSM · BillaTraining Lab · 18 octobre 2026
Devinez d’abord !
Tenir coûte que coûte une vitesse constante quand la pente varie, ou bien tenir une puissance constante : est-ce que cela donne le même chrono ?
Je vous laisse deviner. Ce que l’IA ne vous enlèvera pas, c’est votre capacité à raisonner, à imaginer, à oser réfléchir sans avoir peur de vous planter. Un peu comme lorsqu’on monte l’Alpe d’Huez et qu’on essaie de défier les premiers virages, au risque de coincer plus haut.
De toute façon, n’oubliez pas que le pire est d’avoir le regret de ne pas avoir osé. Alors notez votre pronostic, et lisez la suite.
Le contexte : Arnaud et « sa » montée
Arnaud a une route pentue qui passe devant chez lui : 1,5 km à 10 % de moyenne, très irrégulière, avec des rampes à 15-16 % et un replat à moins de 3 %. Il tente de la gravir de plus en plus vite au fil des années. Sa curiosité l’a conduit à une véritable expertise en science de l’entraînement, et elle m’interpelle depuis longtemps.
Je l’ai encouragé à aller au bout de ses interrogations. Il a donc testé une hypothèse : quoi qu’il contrôle, sa vitesse ou sa puissance, il obtiendra la même performance, c’est-à-dire le même chrono, mais avec une pénibilité différente. Nul besoin d’être un professionnel de la recherche pour mener une expérience rigoureuse !
Son protocole : trois montées, trois jours différents, même beau temps et même vent de sud-est favorable.
- Montée 1, vitesse constante (étalonnage). « Dans ma tête je ne gère rien : je garde les yeux rivés sur mon compteur et je roule à 13 km/h. En fait ce n’est pas si facile, parce que rouler à 13 km/h dans un mur à 15 %, il faut appuyer ! » Il relève la puissance moyenne, qu’il cherchera à reproduire ensuite.
- Montée 2, même puissance moyenne, vitesse libre. « J’essaie de rouler le plus vite possible sur les parties plates, ce qui implique que je sois confort dans les parties raides. »
- Montée 3, même puissance tout le long. « J’appuie de la même manière sur les parties plates et les rampes. Comme je ne suis pas un rouleur, je remets du braquet et j’appuie fort quand c’est plat. »
Puis il m’écrit :
« Bonjour Professeur, j’ai terminé ma petite expérience sur la montée très irrégulière qui passe devant ma maison. J’ai un peu galéré sur la mise en place, finalement je ne sais pas si les résultats que j’ai obtenus sont significatifs. Dans la dernière des trois montées, j’ai lâché des yeux mon compteur dans les dernières secondes et laissé dériver ma puissance de deux watts ! Au début je comptais faire varier ma puissance suivant les secteurs de la pente ; au final je parlerais plutôt de variation de vitesse, car expérimentalement c’est très dur de caler précisément sa puissance quand la pente varie. »
Le résultat ? L’essai à vitesse presque constante et celui à vitesse très variable finissent pratiquement ensemble. Le troisième gagne 17 secondes avec seulement trois watts moyens supplémentaires par rapport au premier. Voilà de quoi réfléchir — et de quoi résister à la tentation d’en tirer trop vite une loi universelle.
L’IA sait calculer. Ce qu’elle ne doit pas nous enlever, c’est l’audace de poser les bonnes questions !
1. Les faits, avant les interprétations
| Stratégie | Temps Strava | Vitesse moy. | P moyenne | FC moyenne FIT | Cadence moy. FIT |
| 1 — Vitesse stable | 7 min 06 | 13,2 km/h | 264 W | 152 bpm | 75 tr/min |
| 2 — Vitesse très variable | 7 min 07 | 13,1 km/h | 265 W | 151 bpm | 79 tr/min |
| 3 — Puissance plus régulière | 6 min 49 | 13,7 km/h | 267 W | 157 bpm | 72 tr/min |
En prenant la première montée pour référence, la troisième lui fait gagner 17 secondes sur 426 secondes, soit 4,0 % de temps. La puissance moyenne augmente de 3 W, soit 1,14 %. Les analyses de données FIT ont été réalisées en recalant par GPS les mêmes portions des trois activités ; elles retrouvent les durées Strava à environ une seconde près.
Mais trois jours distincts, même annoncés ensoleillés et favorables, ne représentent pas des conditions strictement identiques. Et 4,0 % de gain n’est pas une preuve statistique d’un effet de stratégie : il manque des répétitions, un ordre aléatoire et des contrôles mécaniques et météorologiques.
2. Comprendre les watts sans oublier les jambes
La puissance n’est pas la force. Au pédalier, la puissance est le produit d’un couple (qui traduit l’effort tangentiel sur les manivelles) et de la vitesse de rotation.

Légende. : puissance (W) ;
: couple au pédalier (N·m) ;
: vitesse angulaire (rad/s) ;
: force tangentielle effective sur une manivelle (N) ;
: longueur de manivelle (m) ;
: cadence (tr/min). Le facteur 60 convertit les minutes en secondes.
Exemple simple : à 265 W, on développe environ 42,2 N·m à 60 tr/min, 33,7 N·m à 75 tr/min, ou 28,1 N·m à 90 tr/min. La puissance peut rester constante, alors que les sollicitations de force et de vitesse de contraction changent.
Mais la cadence du pédalage n’est pas la vitesse sur la route. Le lien dépend du braquet :

Légende. : vitesse au sol (m/s) ;
: rayon effectif de la roue (m) ;
: cadence (tr/min) ;
: nombre de dents du plateau ou du pignon (sans unité). La relation suppose l’absence de glissement.
Quant à la gravité, elle devient une ennemie de plus en plus pressante à mesure que la pente se redresse. Ce n’est pas la gravité totale qui varie, mais sa composante opposée au déplacement :

Légende. : force gravitationnelle parallèle à la pente (N) ;
: masse totale cycliste + vélo + matériel (kg) ;
: 9,81 m/s² ;
: angle de la montée ;
: pente en pourcentage (%), par exemple
pour 15 %. La formule en
suppose une pente définie par dénivelé horizontal.

Traduction cycliste : doubler sensiblement la pente à vitesse identique oblige à augmenter fortement la puissance contre la gravité. En réalité, il faut ajouter le roulement, l’aérodynamique, les changements de vitesse et les pertes de transmission. Chercher à garder exactement 13 km/h devant un mur à 15 % n’a donc rien d’une consigne innocente.
3. Ce que montrent les courbes : trois organisations, pas trois « moteurs »

Altitude, pente, vitesse, puissance et cadence alignées sur les trois montées.
Figure 1 — Traces GPS recalées sur la même portion ; moyennes glissantes de neuf secondes. La pente est estimée sur un profil altimétrique lissé d’environ 100 m.
Montée 1. Arnaud tient la vitesse mais sa puissance explose dans les rampes : jusqu’à 391 W sur les meilleures 30 secondes et une moyenne proche de 418 W dans les portions d’au moins 15 %. Son couple et la force tangentielle associée deviennent très élevés. Autrement dit, il achète la stabilité de sa vitesse à coups de couple (met de la force de pédalage).
Montée 2. Il accélère vivement sur les parties favorables, parfois au-delà de 20 km/h, puis laisse la vitesse fortement chuter dans les murs. La puissance devient pourtant la plus régulière des trois essais : l’écart-type est seulement de 46 W. Il faut donc corriger la description spontanée du protocole : l’essai 2, et non l’essai 3, donne la puissance statistiquement la plus stable.
Montée 3. Il réduit les à-coups de puissance par rapport au premier jour, sans aller jusqu’aux fortes alternances de vitesse du deuxième. Il gagne du temps dans les parties les plus difficiles par rapport à la montée 2. La FC moyenne est plus élevée (157 contre 152 et 151 bpm) : on ne peut pas en déduire que cette stratégie est physiologiquement moins pénible.
| Indicateur FIT | Montée 1 | Montée 2 | Montée 3 |
| Meilleures 30 s à puissance élevée | 391 W | 299 W | 327 W |
| Puissance en rampes ≥ 12 % | 375 W | 274 W | 296 W |
| Écart-type de puissance | 90 W | 46 W | 53 W |
| Écart-type de vitesse | 0,8 km/h | 4,4 km/h | 3,1 km/h |
| Couple moyen au pédalier | 33,8 N·m | 32,9 N·m | 35,8 N·m |

Fréquence cardiaque et couple du pédalier lors des trois ascensions.
Figure 2 — La fréquence cardiaque est une réponse physiologique retardée, non une mesure instantanée de l’effort musculaire. Le couple moyen découle de la puissance et de la cadence, il n’est pas la mesure directe de la force instantanée sur une pédale.
Dans les murs : voici ce que fait réellement le pédalier
Les valeurs ci-dessous sont des moyennes calculées à partir des traces FIT et de la pente lissée. La force tangentielle est estimée pour une manivelle de 170 mm, valeur utilisée faute de longueur réelle connue. La masse totale du couple cycliste-vélo est également inconnue : il serait faux de prétendre calculer ici sa force gravitationnelle absolue.
| Pente | Montée | Puissance | Cadence | Couple | Force tang. | FC |
| 9–12 % | 1 | 271 W | 74 tr/min | 34,9 N·m | 205 N | 152 |
| 9–12 % | 2 | 257 W | 78 tr/min | 31,6 N·m | 186 N | 152 |
| 9–12 % | 3 | 272 W | 73 tr/min | 35,7 N·m | 210 N | 157 |
| ≥ 15 % | 1 | 418 W | 75 tr/min | 53,5 N·m | 315 N | 153 |
| ≥ 15 % | 2 | 283 W | 61 tr/min | 44,0 N·m | 259 N | 146 |
| ≥ 15 % | 3 | 322 W | 63 tr/min | 48,7 N·m | 287 N | 154 |
Dans une pente de 15,6 %, la composante gravitationnelle est de l’ordre de 1,51 N par kilogramme de masse totale : pour un ensemble vélo-cycliste hypothétique de 70 kg, cela ferait environ 106 N le long de la pente. Une différence de force à la pédale n’est donc pas une différence égale de force gravitationnelle : les transmissions, le rayon des roues et le braquet interviennent.
4. L’énigme énergétique : le chiffre qui empêche de conclure trop vite
Le travail mécanique total au pédalier s’estime simplement par la puissance moyenne multipliée par la durée :

| Montée 1 | Montée 2 | Montée 3 | |
| Puissance moyenne | 264 W | 265 W | 267 W |
| Durée | 426 s | 427 s | 409 s |
| Travail estimé | 112,5 kJ | 113,2 kJ | 109,2 kJ |
La troisième montée est 4 % plus rapide avec environ 2,9 % de travail calculé en moins que la première. Il serait spectaculaire d’appeler cela une victoire de la gouvernance. Il serait aussi prématuré de le faire.
Sur une même route, le travail pour élever une masse d’une hauteur donnée reste le même : . Pour un chrono donné, une vitesse constante limite en principe la dépense due aux variations de vitesse face à la traînée aérodynamique, toutes choses égales par ailleurs. Si les montées diffèrent ainsi, une partie de l’explication peut provenir du vent local, de la pression des pneus, des erreurs de capteur, des conditions de transmission, de la vitesse d’entrée et de sortie du segment, ou d’autres variables non contrôlées.
La physiologie peut très bien expliquer pourquoi une stratégie serait plus soutenable pour un cycliste, sans que l’on puisse prouver qu’elle soit mécaniquement plus économique avec ces seules mesures. C’est précisément la distinction entre une hypothèse audacieuse et une démonstration.
5. Le radar « RABIT’CÔTE — Les quatre braquets »
Un tableau de bord pour lire une ascension, pas encore un diagnostic RABIT de l’athlète.

Radar RABIT’CÔTE des trois stratégies, indices relatifs aux trois essais.
Figure 3 — Radar expérimental : chaque axe est ramené à 100 pour la meilleure valeur observée parmi les trois montées du même cycliste. Ces points ne représentent ni des centiles, ni des qualités intrinsèques, ni les scores validés du test RABIT.
| Braquet | Indice simple sur cette côte | Ce que l’on peut lire | Ce qu’on ne peut PAS conclure |
| P — Puissance | Meilleure moyenne sur 30 s, en W | Expression de puissance sur cette montée | Puissance maximale sans effort maximal ni masse |
| R — Résistance* | Puissance moyenne dans les secteurs ≥ 12 %, en W | Puissance mobilisée lorsque la pente contraint | Tolérance à la fatigue, qui exige répétitions et épuisement caractérisé |
| E — Endurance* | Puissance moyenne pendant l’ascension, en W | Niveau de puissance tenu sur ≈ 7 min | Endurance longue qui dépend du VO2max de la fraction utilisée sur l’ascension/ |
| G — Gouvernance* | Régularité de puissance = 100 × [1 − (écart-type / moyenne)] | Régularité de la commande mécanique | Gouvernance perceptive RABIT sans RPE, ventilation et réponses physiologiques |
Les valeurs brutes et les scores. En montant 1, 2 puis 3 : puissance P30 = 391 / 299 / 327 W ; réponse aux rampes = 375 / 274 / 296 W ; puissance soutenue = 264 / 265 / 267 W ; régularité de puissance = 65,9 / 82,7 / 80,1 %. Les quatre axes ont été normalisés uniquement pour comparer ces trois stratégies entre elles ; rien ne permet d’en déduire un percentile de grimpeur ou une note officielle RABIT.
| Radar exploratoire (0–100, meilleur essai = 100) | Montée 1 | Montée 2 | Montée 3 |
| P — Puissance P30 | 100 | 76 | 84 |
| R* — Puissance en rampe | 100 | 73 | 79 |
| E* — Puissance moy. 7 min | 99 | 99 | 100 |
| G* — Régularité mécanique | 80 | 100 | 97 |
Attention à la lecture : sur le radar, la montée 1 domine pour la puissance exprimée et le travail sur rampes, la montée 2 pour la régularité de puissance, la montée 3 pour la puissance moyenne soutenue et le meilleur chrono. Le radar de stratégie ne désigne donc pas automatiquement la stratégie gagnante — et encore moins le point fort physiologique d’Arnaud.
6. Peut-on diagnostiquer son point fort : puissance, résistance, endurance ou gouvernance ?
Réponse scientifique : pas à partir de ces trois seules ascensions. Mais elles permettent de formuler quatre observations et une hypothèse centrale.
Puissance : oui, un potentiel observable. Arnaud a produit 391 W pendant 30 secondes sur la première montée et 418 W en moyenne dans les pentes ≥ 15 %. C’est une forte capacité de mobilisation dans ce protocole. Ce n’est pas la mesure de sa puissance maximale, faute de sprint standardisé et de puissance rapportée au poids.
Résistance : non classable. Le maintien d’une forte puissance quand le terrain l’exige ne prouve pas qu’il possède une réserve élevée de résistance à une fatigue importante. Il nous faut des efforts répétés, un repère de sa puissance maximale et une mesure de la dégradation de la performance.
Endurance : non classable. Une montée d’environ sept minutes renseigne sur une puissance soutenue, mais ne mesure ni la durée limite, ni la capacité à préserver l’effort sur 20–60 minutes, ni la récupération. La FC moyenne plus élevée en montée 3 interdit de dire que cette option est plus « facile ».
Gouvernance : l’hypothèse la plus prometteuse, et précisément celle qu’il reste à tester. Arnaud sait volontairement changer de stratégie, déplacer sa cadence et son couple, puis comparer son résultat. C’est une aptitude manifeste à l’expérimentation et à la régulation consciente. La gouvernance RABIT, elle, mesure l’accord entre la sensation déclarée et l’état physiologique : aucun relevé de perception de l’effort par tronçon n’a été réalisé ici.
Mon verdict provisoire : ces données suggèrent surtout une plasticité de coordination entre cadence, couple et vitesse. Son point fort physiologique n’est pas encore identifiable avec ce protocole original mais sa gouvernance potentielle mérite d’être explorée. Ce n’est pas le même énoncé.
7. Comment faire un vrai « RABIT’CÔTE » en quatre braquets ?
Pour transformer un joli radar en un profil utile pour l’entraînement, je proposerais deux niveaux : un test RABIT cycliste réalisé à la sensation, puis une série d’ascensions de la même côte pour tester la gouvernance en situation réelle.
Niveau A — Le moteur, sur terrain contrôlé (RABIT cycliste). Mesurer les intensités facile, moyenne, dure, très dure et sprint avec leur puissance, leur cadence, leur FC et, idéalement, leur ventilation/VO₂. Une accélération brève standardisée renseigne sur la puissance ; un bloc très intense et sa répétition renseignent sur la résistance ; un bloc d’effort soutenu plus long sur l’endurance. Le protocole précis et les temps d’effort doivent rester ceux de la version cycliste validée ou faire l’objet d’une validation spécifique.
Niveau B — Le pilote, sur la côte. Répéter les trois stratégies, dans un ordre alterné et sur plusieurs jours (au moins deux répétitions par stratégie pour un premier signal ; davantage pour un résultat robuste), avec même vélo, pneus, équipement, échauffement, masse, capteur calibré et information de vent. Relever à chaque portion de pente une sensation simple (facile / moyen / dur / très dur), une échelle RPE (6–20), et les variables mécaniques mesurées en continu.
| Dimension du vrai bilan | Indices physiologiques compréhensibles |
| Puissance | Meilleure puissance 10–30 s ; idéalement W/kg ; cadence associée |
| Résistance | Pourcentage de puissance conservée après 30 s ou des répétitions fortes ; récupération entre les efforts |
| Endurance | Puissance durable à sensation stable ; dérive de FC et puissance soutenue, à intensité comparée |
| Gouvernance | Accord sensation / FC / ventilation / puissance, vitesse d’ajustement sur les changements de pente et capacité à éviter les emballements |
L’innovation ne serait pas une note globale inventée après trois essais, mais une comparaison avant / après l’entraînement de cadence en accélération. Arnaud possède déjà un RABIT antérieur ; refaire le même test permettrait de savoir si les gains ressentis concernent davantage la puissance, la résistance, l’endurance ou la cohérence sensation–physiologie.
8. Ce que cette expérience dit de la science — et de la liberté d’oser
La montée 1 nous montre l’effort demandé pour résister à la pente en maintenant la vitesse. La montée 2 nous montre qu’une puissance quasi constante n’est pas nécessairement la meilleure stratégie dans ce contexte particulier. La montée 3 montre une performance supérieure — mais son mécanisme reste ouvert.
Arnaud aurait pu laisser le compteur lui dicter le bon comportement. Il a préféré s’exposer à l’erreur. Il a comparé, observé, écrit et demandé : « Est-ce significatif ? » C’est peut-être sa question la plus scientifique.
Dans le premier virage de l’Alpe d’Huez, on risque de partir trop vite. Au dixième, de manquer d’air. Au dernier, de regretter de ne pas avoir essayé. L’expérience ne garantit pas qu’on aura raison ; elle nous permet de comprendre pourquoi nous avons peut-être eu tort.
Le pire n’est pas de se planter dans un virage. C’est de se laisser convaincre qu’il n’y a plus rien à découvrir.
9. Fiche de terrain RABIT’CÔTE — à remplir à la prochaine campagne
Objectif : passer de trois jolis chronos à un test reproductible, et de quatre indices de terrain à un diagnostic RABIT défendable.
| Quand ? | Ce qu’Arnaud renseigne | Ce que l’on vérifie |
| Avant chaque montée | Sommeil, fatigue, sensation de disponibilité, météo, masse cycliste + vélo | Comparabilité des journées |
| À chaque secteur de pente | Sensation « facile / moyen / dur / très dur », RPE 6–20 | Concordance sensation / contrainte |
| En continu | Puissance, cadence, braquet si disponible, FC, vitesse, altitude | Réorganisation mécanique et physiologique |
| Juste à l’arrivée | RPE finale, localisation de la fatigue, récupération perçue | Coût subjectif du chrono |
| Après les trois stratégies | Chrono, puissance totale, pente, variabilité et FC par tronçon | Reproductibilité des gains |
| Après un nouveau RABIT | Puissance 10–30 s, maintien intensité forte, endurance et RPE–physiologie | Actualisation des quatre dimensions |
Critère de jugement : la gouvernance ne sera jugée « meilleure » que si l’amélioration du chrono ou du contrôle de l’effort se répète et si la sensation correspond mieux aux réponses mesurées, à conditions comparables. Une simple régularité des watts n’y suffit pas.
NOTE MÉTHODOLOGIQUE. Trois fichiers Garmin FIT (26 septembre, 3 octobre, 6 octobre 2026), portions GPS appariées de ≈ 1,56 km ; pente estimée par lissage altimétrique ; échantillonnage ≈ 1 s ; chiffres arrondis. Les dates désignent l’enregistrement, les temps affichés ceux du segment Strava fourni par Arnaud. Forces pédalier : calcul du couple puis division par une manivelle hypothétique de 0,170 m, et non mesure de force instantanée. Les quatre indices du radar sont des propositions exploratoires propres à cette étude. Ils ne constituent pas les scores physiologiques validés du RABIT.
Repères scientifiques. Molinari CA, Palacin F, Poinsard L, Billat VL. Determination of Submaximal and Maximal Training Zones From a 3-Stage, Variable-Duration, Perceptually Regulated Track Test. Int J Sports Physiol Perform. 2020;15(6):853–861. DOI: 10.1123/ijspp.2019-0423. Pour la notion de gouvernance RABIT, voir également Véronique Billat, Follow the White Rabbit (RABIT) All the Way to Transform Your Running World, 2026 ; et Suivez le Lapin (RABIT) blanc, ASEP Science.

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