Vers un “coût de pédalage” pour mieux comprendre l’économie à vélo
Dans nos pratiques, nous regardons beaucoup les watts, le VO2max et parfois la gross efficiency. Pourtant, il existe un indicateur très simple pour parler d’économie de pédalage avec les athlètes : combien de battements de cœur coûte chaque tour de pédale.
Les travaux sur l’économie de pédalage montrent que l’efficacité globale diminue quand la cadence augmente, en lien avec l’augmentation de l’énergie cinétique interne des segments à chaque tour de pédale. À puissance identique, le VO2 et la fréquence cardiaque sont généralement plus faibles à des cadences modérées (≈60–75 rpm) qu’à 90–100 rpm. Autrement dit, la cadence change le coût énergétique de chaque rotation.[1][2][3][4]
Froome, Pogačar et la différence de cadence
Les tests de laboratoire sur Chris Froome montrent une combinaison rare de VO2max (~5,9 L/min, ~84 mL/kg/min) et de puissance de pointe (525 W, 7,5 W/kg), avec des cadences proches de 96 rpm lors des profils sous‑maximaux. C’est l’archétype du coureur en “sur‑cadence”.[5][6][7]
Pogačar, lui, produit des puissances comparables en montée, mais avec des cadences parfois plus basses (≈80–85 rpm), plus proches des plages d’économie optimale mises en évidence par les études sur la cadence et le coût énergétique.[3][8]
Si l’on regarde ces deux profils, on voit que :
- Froome accepte un travail interne plus élevé par tour (plus d’énergie cinétique de rotation) en échange d’un soulagement musculaire par coup de pédale ;
- Pogačar joue davantage sur un compromis entre cadence et économie, ce qui modifie son coût cardio‑métabolique pour chaque tour.
C’est un exemple parfait pour expliquer aux athlètes que copier la cadence du champion n’a aucun sens sans regarder le coût associé.
Comment estimer le coût de pédalage en battements par rotation
Voici un protocole simple que tu peux proposer aux coachs ASEP :
- Choisir une puissance stable
- Par exemple 70–75% de FTP ou une puissance tenable 20–30 min.
- L’important : rester à la même puissance pour tous les blocs.[2]
- Réaliser des blocs à cadence fixe
- 5 min à 70 rpm
- 5 min à 80 rpm
- 5 min à 90 rpm
- 5 min à 100 rpm
Avec 1–2 min de récupération facile entre chaque bloc.
- Mesurer pour chaque bloc
- fréquence cardiaque moyenne sur la dernière minute ;
- cadence exacte (rpm) ;
- RPE (échelle 1–10).
- Calculer le coût (battements/rotation)
.
Exemple à 75% FTP :- 70 rpm, 150 bpm →
battements/rotation
- 80 rpm, 152 bpm →
battements/rotation
- 90 rpm, 160 bpm →
battements/rotation
- 100 rpm, 170 bpm →
battements/rotation
- 70 rpm, 150 bpm →
- Interpréter avec l’athlète
- La cadence où le coût en battements/rotation est le plus bas à puissance égale est une bonne approximation de sa cadence économiquement optimale pour cette intensité.[4][3]
- On la compare à sa cadence spontanée en sortie longue ou en course : si le coureur roule systématiquement 10 rpm au‑dessus, il “brûle” plus de VO2 et de battements pour chaque tour.
Application pédagogique avec Froome / Pogačar
En séance, on peut utiliser une comparaison qualitative :
- “Mode Froome”
- 400 W à 95 rpm, FC 170 bpm → coût ≈ 1,8 battement/rotation.
- “Mode Pogačar”
- 400 W à 85 rpm, FC 165 bpm → coût ≈ 1,94 battement/rotation.
- Cadence un peu plus basse, compromis différent : moins de travail interne, plus de charge par coup de pédale.
L’objectif n’est pas de dire qu’un mode est “meilleur”, mais de montrer :
- que le coût par rotation est spécifique au coureur ;
- que les modèles de VO2max basés uniquement sur la puissance, calibrés sur un coureur en sur‑cadence, peuvent surévaluer la capacité d’un autre coureur si on ignore ces différences.[10][1][2]
Pour résumer les points essentiels :
- Penser l’économie à vélo en termes de coût par rotation, pas seulement en W/kg ou VO2max.[4]
- Utiliser ce protocole simple (puissance fixe, cadences multiples, coût = FC/rpm) pour :
- identifier une cadence cible en endurance moins coûteuse ;
- sensibiliser les athlètes à l’impact de la cadence sur leur système cardio‑respiratoire.
- Insister sur le fait que imiter Froome ou Pogačar sans mesurer son propre coût est une erreur ; l’économie de pédalage est une qualité entraînable, à individualiser.[1][2]
- https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/21437606/
- https://journals.lww.com/nsca-jscr/fulltext/2013/03000/the_effect_of_cadence_on_cycling_efficiency_and.12.aspx
- https://digitalcommons.odu.edu/cgi/viewcontent.cgi?article=1113&context=hms_etds
- https://api.mountainscholar.org/server/api/core/bitstreams/bc418e1b-baff-4690-94d0-1cfbde74f04e/content
- 218129037-3.pdf
- https://www.granfondoguide.com/Contents/Index/1651/chris-froomes-lab-results-released-and-analyzed-how-do-you-compare
- https://www.scribd.com/document/320838936/Full-Text-Physiological-Profile-of-Chris-Froome
- https://cyclingarchives.com/cycling-cadence-complete-guide-finding-ideal-rpm-training-drills-power-mapping-2026/
- https://www.thieme-connect.com/products/ejournals/abstract/10.1055/s-2007-972802?innerWidth=412&offsetWidth=412&id=&lang=en&device=desktop

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