Il ne nous reste plus que nos JAMBES.

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Pour tenir tete aux robots, il suffit de courir a 25 km/h un semi-marathon. Ne reste qu’un detail : ca demande un VO2max de 96 à 100 ml/min/kg. Et ca, les machines ne peuvent pas nous le voler.

Veronique Billat  ·  Prof. Physiologie de l’Exercice  ·  LBEPS, UEVE Paris-Saclay  ·  BillaTraining

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// introduction : le choc des mondes

Quand l’IA court…

Vous avez lu Considerations on the AI Endgame (Ziesche & Yampolskiy, CRC Press 2025). Ces deux chercheurs ont pose sur la table ce que personne ne veut vraiment entendre : l’IA n’est pas un outil. C’est une civilisation parallele en gestation, avec ses propres valeurs, peut-etre sa propre conscience, et surtout des performances qui nous font passer pour des escargots en competition de sprint.

Sauf… que non. Pas sur tout. Et particulierement pas sur le terrain que je connais le mieux : la locomotion humaine a haute intensite.

FAIT CLE :

En janvier 2025, a Pekin, un robot bipede a couru un semi-marathon en 2h40 en consommant 3 a 8 kW d’electricite. Un humain elite a besoin de seulement 1 460 W metaboliques — avec de l’ATP, des glucides, un cerveau, et zero cable d’alimentation.

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« Quand le travail disparait, ce qui reste, c’est l’expression de soi. Et l’expression de soi la plus ancienne du monde humain, c’est courir. »
— V. Billat, au detour d’un VO2max a 7h du matin

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// calcul biomecanique : 25 km/h · 75 kg · 1,82 m

25 km/h sur 21 km. Que demande ca vraiment ?

Un semi-marathon a 25 km/h se court en 50 min 37 s. Tempo record mondial. Voici ce que ca donne pour un athlete de 75 kg :

CHIFFRES CLES

VO2max requis                 98 ml/min/kg

Puissance mecanique           ~545 W

Watts par kilogramme          7,3 W/kg

Puissance metabolique         ~2 179 W

Depense totale semi           1 582 kcal

Temps de course               50 min 37 sec

Rendement musculaire          ~25%

CALCUL DETAIL

Cout energetique :   1 kcal/kg/km  (Minetti et al.)

Depense totale :     75 x 21,097 = 1 582 kcal

P. metabolique :     1582 x 4184 / (50,6 x 60) = ~2 179 W

P. mecanique :       2179 x 0,25 = ~545 W

W/kg :               545 / 75 = 7,3 W/kg

// Verification via VO2max : 7,35 L/min x 20,1 kJ/L / 60 = ~2 462 W  (coherent)

// ecologie de la performance

Ce que mange l’athlete.

Pour courir ce semi a 25 km/h, notre athlete brule 1 582 kcal. Repartis en 55% glucides / 20% proteines / 25% lipides :

Glucides (55%)                218 g  —  870 kcal

Proteines (20%)                79 g  —  316 kcal

Lipides (25%)                  44 g  —  396 kcal

Empreinte carbone alimentaire

SystemeCO2eq totalCO2eq / kmNote
Humain (alimentaire)724 g34 g/kmRegime sport standard
Robot (elec. France)127-337 g6-16 g/kmNucleaire ~50g CO2/kWh
Robot (mix mondial)1013-2692 g48-128 g/kmCharbon+gaz ~400g CO2/kWh

Verdict : avec le mix mondial, le robot pollue jusqu’a 4x plus que l’humain qui mange des pates. Ce n’est pas le robot qui est vert — c’est son energie. L’humain tourne au renouvelable depuis 300 000 ans.

// comparaison energetique — hypothese 25 km/h sur 21 km

Le tableau que personne n’ose faire.

Comparaison honnete : puissance mecanique reelle vs puissance totale, rendement et impact carbone.

SystemeP. meca.P. totaleW/kgRendementEnergie/semiCO2 mondeCO2 France
Humain elite 75kg~545 W~2 180 W7,3~25%1 582 kcal34 g/km34 g/km
Robot bipede 100kg1-3 kW3-8 kW10-3030-50%2,5-6,7 kWh48-128 g/km6-16 g/km
Cycliste elite 70kg400-450W~1 700 W5,7-6,4~25%~1 400 kcal~30 g/km~30 g/km

ATTENTION : Ne pas confondre puissance nominale moteur et puissance utile de locomotion. La stabilisation, l’amortissement des impacts et le controle moteur absorbent l’essentiel de l’energie du robot. Puissance mecanique reelle : ~1-3 kW utiles seulement.

// anthropologie — post-travail — l’humain demain

Quand le travail disparait, reste l’humain.

Ziesche et Yampolskiy posent la question de l’endgame de l’IA : pas ‘va-t-on perdre nos emplois’ mais ‘qu’est-ce qu’on garde de nous-memes‘. Ils introduisent le concept japonais d’ikigai — la raison d’etre — et se demandent : qu’est-ce qui reste quand les machines font le travail ?

Demain, la civilisation des loisirs n’existera meme plus comme categorie. Parce que le ‘loisir’ etait defini par opposition au travail. Si le travail disparait, le loisir disparait avec lui. Ce qui reste ? La performance au sens large : artistique, sportive, relationnelle. L’expression de soi. La catharsis. La preuve qu’on est vivant.

Dans une civilisation ou l’IA produit et decide, l’humain qui court 42 km est un acte de resistance ontologique. Pas de la nostalgie : une affirmation. Je suis fait de chair, de VO2max, de glycogene et de douleur — et c’est precisement ca que vous ne pouvez pas remplacer.

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« L’IA peut battre le grand maitre aux echecs, le radiologue en imagerie. Elle ne peut pas ressentir la douleur des quadriceps dans la montee du km 18 d’un semi couru a fond. C’est notre monopole. Gardons-le. »
— VB, LBEPS, Evry-Paris-Saclay

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// conclusion — et oui je m’expose

Oui, decidement, les jambes tiennent tete aux IA.

Rendement humain              ~25%    — inchange depuis Homo erectus

Rendement robot               30-50%  — catastrophique en locomotion reelle

W/kg humain                   7,3 W/kg — propre, sans batterie

Autonomie humaine             Illimitee — avec des pates et de la volonte

Autonomie robot               Batterie limitee — cherche une prise

Le robot de Pekin a couru son semi. Bravo. C’est une prouesse d’ingenierie. Mais il a mis 2h40 la ou un humain elite en met 58 minutes, avec 4x moins de consommation energetique, sans batterie, et avec la capacite de souffrir, de decider tactiquement, de vouloir finir.

La vraie disruption, ce n’est pas le robot qui court. C’est la redecouverte de ce que le corps humain est capable d’accomplir. Dans un monde post-travail, la performance sportive ne sera plus un hobby. Ce sera une pratique de dignite.

References

Ziesche S. & Yampolskiy R.V. (2025). Considerations on the AI Endgame. CRC Press. DOI: 10.1201/9781003565659

Minetti A.E. et al. (2002). Energy cost of walking and running at extreme slopes. J Appl Physiol.

Billat V.L. (1996). Use of blood lactate measurements for prediction of exercise performance. Sports Med.

Billat V.L. et al. (2003). The concept of maximal lactate steady state. Sports Med.

IEA (2023). CO2 Emissions from Electricity Generation by Country.

ADEME (2024). Base Carbone — Facteurs d’emission alimentaires.

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Note de l’auteure — Non politiquement correct (je m’expose) :

On m’a dit que les robots avaient de belles jambes. Je reponds : un robot avec 7,35 L/min de VO2 et 545 W de puissance mecanique, ca n’existe pas encore. Ce qui existe, c’est l’humain entraine — reel, souffrant, adaptatif — et ses jambes qui ont tenu tete a 300 000 ans d’evolution. Quant aux miennes… elles courent encore. Et elles connaissent leur VO2max.

BillaTraining

4 réponses à “Il ne nous reste plus que nos JAMBES.”

  1. Avatar de Patrice Cattin
    Patrice Cattin

    Sans oublier que faire courir un robot aux sensations ça doit être compliqué 😀

  2. Avatar de Véronique Louise Billat
    Véronique Louise Billat

    Excellent !

  3. Avatar de Elise Maes Le Goff

    J’adore : “une pratique de dignité”. Que te lire fait du bien, humour, bon sens, et science au service de notre humanité.

  4. Avatar de PITHOUD
    PITHOUD

    le record de 2025 est tombé le 19 avril 2026 en 50:26 ,le robot humanoïde a couru à la vitesse de 25km/h .(in L’Equipe 19/04/26) . En m’inspirant du Canard j’attribue la noix d’honneur du mur du çon à cette performance d’un humanoïde . Pour finir sur une note musicale et comme le chantait si bien l’ami Jean ,Faut il pleurer, faut il en rire …

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