Week-end en mission : VO₂max, altitude intermittente et foire aux miracles de la longévité

Deux conférences dans le congrès de « l’HYPERSANTE » https://www.hypersante.com/

Dimanche 22 mars 2026 — Pr. Véronique Billat, PhD

Je rentre tout juste de Paris, encore dans mon carrosse, avec une heure avant la citrouille du dimanche soir. Ce week-end, j’ai donné deux conférences dans le cadre du colloque Hyper Santé : l’une sur le VO₂max — cette capacité aérobie maximale qui reste, de loin, le meilleur prédicteur de longévité fonctionnelle que la science nous ait donné — l’autre sur l’alternance Hypoxie-Hyperoxie Intermittente (IHHT), méthode issue de la physiologie de l’altitude, qui suscite un intérêt croissant en réhabilitation cardiaque, chez les seniors et chez certains sportifs. Deux conférences, deux salles combles, des dizaines de questions — et un profond sentiment d’être en mission de service public scientifique.

VO₂max : votre vraie monnaie de longévité

Commençons par le commencement. Le VO₂max, c’est la quantité maximale d’oxygène que votre organisme peut capter, transporter et utiliser par minute et par kilogramme de poids corporel. Ce n’est pas un organe, ce n’est pas un muscle, ce n’est pas une glande. C’est la résultante de toute une chaîne physiologique : le cœur qui pompe, le sang qui transporte, les poumons qui captent, les muscles qui extraient, et le cerveau qui régule. C’est pourquoi on ne peut pas l’améliorer avec une boisson, une capsule ou un massage vibratoire : il faut travailler chaque maillon de cette chaîne.

Pourquoi est-ce si important ? Parce que le VO₂max est le marqueur de votre autonomie future. Un VO₂max élevé, c’est monter un escalier sans s’essouffler à 80 ans. C’est porter ses courses sans douleur. C’est rester maître de son corps plutôt que d’en devenir l’otage. Un VO₂max bas, c’est la dépendance qui s’installe silencieusement, souvent des décennies avant qu’on ne s’en aperçoive. La recherche est sans appel : au-delà de 45-50 ans, chaque décennie sans entraînement s’accompagne d’une perte d’environ 10% du VO₂max, et cette érosion s’accélère avec la sédentarité.

La bonne nouvelle — celle que nous répétons sans relâche à l’ASEP — c’est que cette perte n’est pas une fatalité. Elle est largement réversible à tout âge, à condition de s’entraîner avec une vraie méthode, individualisée, progressive, fondée sur des données mesurées. Robert Marchand, 105 ans, en est la démonstration vivante la plus éloquente que la science ait enregistrée.

Conférence 1 — Ce que le VO₂max nous dit vraiment sur notre santé

Pour cette conférence grand public et professionnels de santé, j’ai voulu démystifier un chiffre que beaucoup connaissent de nom mais que peu savent vraiment lire.

Le VO₂max n’est pas réservé aux athlètes. C’est un indicateur médical à part entière. Des études épidémiologiques massives montrent qu’un VO₂max inférieur à 20 ml/kg/min chez une personne âgée est associé à une incapacité fonctionnelle sévère. À l’inverse, maintenir un VO₂max autour de 30 ml/kg/min après 70 ans — ce qui est tout à fait possible avec un entraînement régulier — protège contre les maladies cardiovasculaires, le déclin cognitif, le diabète de type 2 et même certains cancers.

La formule de Fick résume bien tout cela :

 est le débit cardiaque maximal et  est la différence artério-veineuse en oxygène, c’est-à-dire ce que les muscles extraient réellement. Cette équation signifie qu’on peut améliorer le VO₂max de deux façons : en augmentant la puissance du cœur (endurance, interval training), ou en améliorant l’extraction périphérique dans les muscles (renforcement, travail à haute intensité). Les deux sont nécessaires. Aucun supplément ne figure dans cette formule.

J’ai également présenté la notion de LIPOXmax — l’intensité à laquelle l’organisme oxyde le maximum de graisses par unité de temps — concept que nous avons développé et qui permet de personnaliser l’entraînement même pour les populations déconditionées ou en surpoids. Notre étude récente (Mille-Hamard et al., Int. J. Environ. Res. Public Health 2025) l’a démontré concrètement : 18 adultes obèses de plus de 45 ans ont pratiqué une marche non supervisée de 40 minutes, 3 fois par semaine pendant 6 mois, à une fréquence cardiaque cible de 112 ± 12,6 bpm (≈ 67% de la FCmax), correspondant à leur FATmax individuel. Résultat : −3,8 kg de poids, −3,0 kg de masse grasse, −5,6 cm de tour de taille, masse maigre préservée, et une vitesse maximale de marche améliorée de 6,2 à 6,5 km/h. Pas de machine. Pas de capsule. Pas de cercueil de luxe. Juste une marche précise, régulière et individualisée.

Conférence 2 — L’IHHT : quand la physiologie de l’altitude devient outil de santé

Ma deuxième conférence portait sur un sujet qui fascine légitimement le monde médical et sportif : l’Hypoxie-Hyperoxie Intermittente, ou IHHT. Permettez-moi de vous en donner la substance scientifique, telle que je l’ai présentée.

Qu’est-ce que l’IHHT ?

L’IHHT consiste à alterner, au repos, des phases d’air appauvri en oxygène (9 à 14% de FiO₂ — soit l’équivalent d’une altitude simulée de 2 500 à 6 000 mètres) et des phases d’air enrichi en oxygène (30 à 40% de FiO₂). Une séance type dure 48 minutes, comporte 4 à 8 cycles de 5 minutes d’hypoxie suivies de 3 minutes d’hyperoxie, et se répète 3 fois par semaine sur 3 à 6 semaines. Tout se passe allongé, en respiration normale : aucune contrainte physique, aucune douleur, aucun effort musculaire.

L’idée clé — et c’est ce que j’ai tenu à marteler — est que l’IHHT n’est pas de la magie de l’oxygène. C’est une façon de doser des variations d’oxygène pour déclencher des adaptations physiologiques utiles, avec comme enjeu principal de préserver ou améliorer le VO₂max.

Le mécanisme : HIF-1α, le chef d’orchestre cellulaire

Au cœur de tout cela se trouve une protéine régulatrice remarquable : HIF-1α (Hypoxia-Inducible Factor 1-alpha). Ce n’est pas une hormone. C’est un facteur de transcription — un interrupteur moléculaire — qui transforme le signal « manque d’oxygène » en programme d’adaptation cellulaire.

Voici comment ça fonctionne :

  • En normoxie (oxygène normal) : HIF-1α est hydroxylé, reconnu par la protéine VHL, puis dégradé. Il reste inactif.
  • En hypoxie : HIF-1α se stabilise, entre dans le noyau cellulaire et s’associe à HIF-1β. Le complexe ainsi formé active une cascade de gènes d’adaptation.[1]

Ces gènes commandent trois grandes familles d’adaptations :

  • 🩸 L’érythropoïèse via l’EPO : production accrue de globules rouges (+5 à 12%), augmentation de l’hémoglobine, donc amélioration du transport de l’oxygène et du VO₂max — de façon endogène, légale et régulée.
  • L’angiogenèse via le VEGF : néo-capillarisation musculaire, augmentation de la densité mitochondriale, meilleure extraction de l’oxygène en périphérie, endurance améliorée.
  • 🛡️ La cardioprotection via le NO (monoxyde d’azote) : vasodilatation périphérique, réduction de la pression artérielle systolique de 10 à 15 mmHg, protection ischémique, amélioration du flux coronaire.

La particularité de l’IHHT par rapport à l’hypoxie seule (IHT) est que l’alternance avec les phases d’hyperoxie amplifie l’activation de HIF-1α d’environ 1,5 fois, par un mécanisme de préconditionnement ischémique cyclique. C’est le stress-déstress répété qui crée l’adaptation — exactement comme dans l’entraînement par intervalles, mais au niveau moléculaire et sans contrainte musculaire.

Ce que dit vraiment la littérature

Plus de 200 études publiées sur PubMed traitent de l’IHHT, dont 87% montrent une augmentation du VO₂max. La revue systématique de Behrendt et al. (Sports Medicine – Open, 2022) recense 8 études contrôlées et conclut à des améliorations convaincantes sur les paramètres suivants :

ParamètreRésultat
VO₂peak↑ significatif
Tolérance à l’effort↑ significatif
Fonctions cognitives↑ significatif
GlycémieTendance favorable (profils métaboliques)
Pression artérielleTendance à la baisse
Lipides / hématologieRésultats inconclusifs

Important à retenir : le niveau de preuve est actuellement plus convaincant chez les patients âgés, fragiles ou déconditionnés que chez les athlètes d’élite. L’IHHT est d’abord et avant tout un outil de santé et de longévité fonctionnelle — pas un dopant pour podium.

L’étude de référence : Glazachev et al. (2017)

L’étude la plus solide à ce jour est celle du Pr. Glazachev (Clinical Cardiology, 2017;40(6):370–376), conduite à l’Université Sechenov de Moscou sur 46 patients coronariens (NYHA II et III, âge moyen 63,6 ± 8,7 ans, 18 hommes et 28 femmes).[1]

Protocole : 15 séances d’IHHT (3×/semaine, 3 semaines), 5 à 7 épisodes hypoxiques de 4 à 6 minutes à FiO₂ 10–12%, entrecoupés d’intervalles hyperoxiques de 3 minutes à FiO₂ 30–35%. Tout au repos, allongés. La durée des épisodes était calculée sur un test hypoxique individuel préalable (ReOxy SRT®).[1]

Les résultats du groupe IHHT sont les suivants :[1]

MesureAvantAprès
VO₂max+1,8 ml/kg/min
PA systolique151 mmHg130 mmHg
PA diastolique85 mmHg73 mmHg
Fraction d’éjection58,0 ± 6,2%62,6 ± 5,5%
Glycémie (J+30)7,10 mmol/L6,18 mmol/L
Angine à l’effortFréquente significative
Qualité de vie (SF-36) (SAQ amélioré)

La conclusion des auteurs est saisissante : 15 séances d’IHHT au repos obtiennent des résultats comparables à un programme de réhabilitation cardiaque standard de 8 semaines, avec une excellente tolérance chez des patients cardiaques fragiles. (À noter : conflit d’intérêt déclaré — le Pr. Glazachev est consultant pour Ai Mediq, fabricant du ReOxy.)

Pour les sportifs : promesses et limites de l’hyperoxie

Une question revenue fréquemment dans la salle : « Et pour améliorer mes performances sportives ? » La réponse est nuancée, et c’est ce qui distingue la science du marketing.

L’étude de Kon et al. (2020) sur 16 athlètes pratiquant du HIIT pendant 3 semaines montre que le VO₂max augmente dans les deux groupes (avec ou sans hyperoxie), mais que la courbe lactate et la puissance moyenne au test maximal de 90 secondes ne s’améliorent que sous hyperoxie. L’étude de Grataloup et al. (2005) sur cyclistes entraînés sous hyperoxie à 30% O₂ montre un VO₂max en hausse chez tous, mais un gain particulièrement marqué chez ceux qui présentent une désaturation artérielle à l’effort.

Ce qu’on peut dire honnêtement : l’hyperoxie peut permettre de soutenir une charge de travail plus élevée et d’améliorer certaines adaptations périphériques chez certains profils. Ce qu’on ne doit pas dire : il n’existe pas de preuve d’un « miracle VO₂max » universel pour l’athlète. Le bénéfice est souvent plus qualitatif — sur la séance et la puissance soutenue — que spectaculaire sur le chiffre final. Et il dépend fortement du profil : niveau initial, tolérance ventilatoire, désaturation à l’effort, qualité musculaire, dose d’hyperoxie et modèle d’entraînement.

Un outil, pas un substitut

Je l’ai dit avec force dans ma conférence, et je le redis ici avec la même conviction : l’IHHT décuple les effets de l’entraînement existant — il ne le remplace pas. Sans fondamentaux, il n’y a rien à amplifier.

Ce que l’IHHT ne remplacera jamais :

  • La marche quotidienne, activité irremplaçable
  • L’endurance facile et l’économie de course
  • Le renforcement musculaire et la densité osseuse
  • La progressivité et la périodisation de l’entraînement
  • L’éducation à l’effort et la compréhension de ses propres sensations

Et sur les appareils : la méthode est validée, mais tous les dispositifs ne se valent pas.  Pour un usage médical, exiger une certification CE médicale (comme le ReOxy, certifié TÜV Rheinland, avec biofeedback individualisé en temps réel et précision FiO₂ ± 0,5%). Les appareils grand public positionnés « bien-être » n’ont, pour la plupart, aucune étude clinique propre et aucune certification médicale.

La foire aux miracles — ou ce que j’ai vu entre mes deux conférences

Je dois maintenant vous raconter ce que j’ai observé dans les allées de ce colloque sur l’Hyper Santé. Pas pour régler des comptes, mais parce que vous méritez de savoir dans quel contexte j’ai porté ces conférences scientifiques — et pourquoi le sentiment de mission était si fort.

Entre les deux sessions, j’ai déambulé dans les stands. Premier constat : pas une goutte d’eau — problème technique, paraît-il. Pas de café ni de thé non plus, sans doute trop vulgaires ou trop dangereux pour la santé. On préférait proposer des gels arrosés de lait végétal.

J’ai pu admirer des ateliers de lumière régénérative (le même principe que pour les poules pondeuses, mais en version premium), des bols d’air magique, des boissons au collagène en dégustation libre (beurk). J’ai surtout testé — au nom de la science, évidemment — une capsule de bien-être insonorisée dans laquelle une musique censément apaisante était assez forte pour couvrir une conférence, des huiles essentielles diffusées en continu qui provoquaient un larmoiement des yeux, le tout agrémenté d’un massage discret à base de vibrations. Le combo magique. La promesse : relaxation profonde, régénération cellulaire, longévité augmentée. Le prix affiché pour les versions les plus élaborées — appelons-les les cercueils de longévité de luxe — oscillait entre 50 000 et 100 000 euros. Le paradis sur terre, livré à domicile.

Et puis il y avait ces stands de tests de VO₂ de repos promettant une estimation du VO₂max. Vous avez bien lu : mesurer l’oxygène au repos pour estimer la capacité maximale à l’effort. Deux siècles de physiologie de l’exercice ont confirmé que le VO₂max se mesure à l’effort maximal — sur ergocycle ou tapis, avec un analyseur de gaz, sous protocole validé. Il ne se « prédit » pas à partir du VO₂ de repos, sauf à accepter une marge d’erreur de l’ordre d’un fossé. Mais qui s’en préoccupe quand on peut faire payer 200 euros un test allongé ?

En mission avec 200 publications pour seules armes

J’y suis allée — et j’y retournerai — parce que quelqu’un doit dire la vérité dans ces espaces. Pas par arrogance, mais parce qu’une salle de 200 personnes qui veulent comprendre leur corps et qui sont prêtes à dépenser des fortunes pour leur santé méritent une réponse honnête. Face à cette armée du bien-être, j’avais pour seule armure 200 publications scientifiques — et l’amour de la physiologie vraie. J’ai fait salle comble. Les questions ont fusé pendant 30 minutes. Les soignants, les coachs, les patients cherchaient des repères solides dans un océan de promesses.

Ce n’est pas une victoire, c’est un constat : l’ignorance et la flemme d’apprendre sont devenues une norme sociale. Moins il y a de médecine, plus il y a de charlatans. Moins il y a de professeurs, plus il y a de vendeurs de rêves. La recherche de longévité « à tout prix » — au sens propre comme au figuré — est devenue un marché colossal, alimenté par une peur de la mort que personne ne veut nommer clairement.

Seule consolation de fond : notre short Instagram issu d’un podcast vient de dépasser 600 000 vues en 5 jours avec une portée 1000% organique. Ce chiffre me dit que l’appétit pour la vraie science est immense, que les gens ne sont pas dupes, qu’ils cherchent juste quelqu’un qui prend la peine de leur expliquer honnêtement. Il y a de l’espoir — et la passion, elle, fait vivre assurément pleinement, à défaut de longtemps (bien que la science penche de plus en plus pour les deux ensemble).

Merci à vous, membres de l’ASEP

Ce blog, je vous le dois. Je l’écris avant minuit, encore dans la mouvance du dimanche soir, partagée entre la fatigue, le dépit et une forme d’espérance têtue. Merci à vous — les curieux, les honnêtes, ceux qui voulez apprendre pour de vrai — qui consacrez du temps et de l’énergie à comprendre comment aider les gens à courir mieux, pédaler plus longtemps, nager sans souffrir, vieillir en mouvement.

La vraie longévité ne s’achète pas. Elle se construit, séance après séance, sur un vélo, sur un tapis, dans une piscine, ou — oui — parfois avec un masque d’IHHT bien dosé et bien indiqué. Mais toujours avec la science pour boussole et la rigueur pour moteur.

À très bientôt pour la suite.

Pr. Véronique Billat
Fondatrice de l’ASEP — Association pour la Science de l’Entraînement Personnalisé
billatraining.com | publications.billatraining.com

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  1. Avatar de VEREECKE CHRISTOPHE
    VEREECKE CHRISTOPHE

    Ce compte-rendu très complet souligne une réalité paradoxale : entre l’engouement pour le savoir et les pièges de la désinformation, il existe une attente immense pour la « vraie science ».
    Les gens aspirent à la clarté et à l’honnêteté.
    Soyons donc assez audacieux pour poursuivre cet effort de transmission, convaincus que cette énergie investie contribue à améliorer la vie de nos contemporains.

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